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LA TRAGÉDIE DU BOIS CAMBERT

Au bois Cambert, une stèle rappelle au promeneur qu’il n’y a pas si longtemps, périrent ici trois jeunes martyrs. C’est cet événement que Marcel Daniaud a nommé « l’affaire du Bois Cambert », un épisode tragique de la seconde guerre mondiale. Mais c’est Marcel Bodet, que nous avons eu le plaisir de rencontrer en 2008 chez lui, à Narçais où il réside depuis 1943, qui nous expliquera lui-même le déroulement de cet émouvant souvenir pour les Loubilléens.

C’est lui qui découvrira au bois Cambert trois corps, trois jeunes réfractaires au STO1 fusillés par des barbares, trois jeunes qui ne voulaient pas aller offrir leur énergie aux Nazis. Nous allons laisser Marcel Bodet né le 3 avril 1920 à Couture-d’Argenson, lui même réfractaire au STO, nous relater cet événement. Il nous a autorisés à reproduire son mémoire. Nous nous permettrons d’ajouter à son récit des « détails » qu’il a bien voulu nous confier et qui méritent d’être cités.

 

« J’avais 19 ans à la déclaration de guerre le 3 septembre 1939. En pleine campagne, les villages se vidèrent de toutes leurs forces actives, tous les hommes avaient été mobilisés. Ne restaient que les vieux et les plus jeunes.


L’hiver 39-40 fut très rigoureux, les gens avaient une pensée émue pour tous ces soldats qui étaient sur le front. De l’autre côté, la radio de Stuttgart diffusait un bulletin en français avec un prénommé Fredonnet, qui était à la solde des Allemands. Il déclarait : « Les Anglais donnent les machines, les Français leurs poitrines ». Tout cela déstabilisait la population, c’était le début de la "5e colonne" infiltrée en France. Lorsque les soldats venaient en permission, on leur posait des questions, ce qu’ils faisaient au front… Ils racontaient qu’ils creusaient des tranchées, qu’ils entretenaient les armes, jouaient aux cartes et au football. Les anciens de la guerre de 14-18 disaient que c’était « la drôle de guerre ».


Le 3 janvier 1940, j'étais convoqué à passer le conseil de révision au chef-lieu de canton, Chef-Boutonne. Devant les médecins majors de l'armée, je fus déclaré « bon pour le service armé » comme beaucoup de mes camarades. Au mois de mars 1940, le dernier trimestre de la classe 39 et le premier trimestre de la classe 40 sont appelés sous les drapeaux.


Pendant ce temps, l’armée allemande avait envahi la Pologne et Hitler avait signé un pacte de non agression avec la Russie, ce qui laissait les mains libres à l'armée allemande pour attaquer les troupes françaises et anglaises.


Début mai, ce fut l'attaque allemande qui passait par le Danemark, la Hollande et la Belgique, avec une supériorité en hommes et en matériel. Les alliés furent contraints à la retraite, des régiments entiers furent faits prisonniers et dirigés vers l'Allemagne dans des camps. Les anglais rembarquaient à Dunkerque avec beaucoup de pertes ; beaucoup de leurs soldats sont prisonniers. On estimait à plus de un millionle nombre de prisonniers français et anglais.


Le 14 juin 1940, Paris est occupé par les troupes nazies. Le général de Gaulle rejoint l'Angleterre et lance son fameux « Appel du 18 juin » à la radio de Londres.


Le 22 juin 1940, la France vaincue militairement est envahie. Le maréchal Pétain signe l'armistice avec les Allemands, le 24 juin avec l'Italie : La France est coupée en deux, avec une zone occupée au nord, et une zone libre au sud. Le maréchal Pétain forme un gouvernement dit « gouvernement de Vichy » dirigé par Pierre Laval.


Fin 41-début 42, tous les jeunes de 18 à 35 ans sont recensés dans tous les territoires occupés par les nazis. En 1942, les jeunes français sur l'ordre du Gauleiter Fritz Sauckel2 ont été réquisitionnés et sont partis travailler en Allemagne dans les usines d'armement. Tous avaient la fameuse carte du travail du service du travail obligatoire (STO)3.

 

Les nazis avaient besoin de plus en plus de main d’œuvre, en France la résistance s'organise, de nuit les alliés parachutent des armes. A la radio de Londres, de Gaulle lance un appel à tous les jeunes français à rejoindre le maquis. Les nazis font des rafles en ville, dans les salles de cinéma par exemple. Beaucoup de jeunes se réfugient à la campagne, rentrent dans le maquis, se cachent dans les bois ou dans des fermes isolées chez des paysans patriotes. Les défaillants au STO étaient des réfractaires ou des hors-la-loi pour les nazis. La chasse aux « hors-la-loi » fut ordonnée par l'occupant, alors que les parachutages d'armes permettaient d'armer cent mille maquisards qui formaient des groupes d'attaques contre lui, faisant sauter des ponts, sabotant les lignes de chemins de fer pour empêcher des trains de matériels d'arriver à bon port, transmettant aussi des renseignements codés à la radio de Londres sur les mouvements de troupes nazis. D'après le service de la main-d’œuvre de l'époque, il y avait six à sept cent mille jeunes français qui étaient réfractaires et hors la loi, qui avaient refusé de travailler pour l'occupant. On estime que les réfractaires ont privé la machine de guerre allemande de un milliard cinq cent millions d’heures de travail.


Le 22 décembre 1943, je recevais un télégramme m'avisant de rejoindre l'entreprise Todt à la Rochelle, pour travailler aux fortifications du fameux mur de l'Atlantique, lequel visait à empêcher le débarquement des Alliés. Ce jour là, je pris la décision, au risque et péril de ma vie et de celle de ma famille, de rentrer dans la clandestinité comme réfractaire, malgré les menaces du « Gauleiter Saukel » qui déclarait : « Les réfractaires seront traqués, nous emprisonnerons leurs femmes et leurs enfants, et nous brûlerons leurs maisons ».


Je suis parti me cacher dans une ferme, chez un vieux paysan patriote4. Les autorités donnaient l'ordre à la gendarmerie française de rechercher tous les réfractaires « hors-la-loi ». J'ai donc été obligé, étant recherché, de partir dans d'autres lieux5. C'est alors que je pris la direction de la Charente-Maritime, où des amis m'avaient renseigné une ferme isolée. Je suis resté caché dans cette ferme pendant six mois - de janvier jusqu'au 20 juillet 1944.


Le 6 juin 1944, ce fut le débarquement des Alliés en Normandie. Dans notre région, il y avait des mouvements de troupes nazies qui remontaient, pour certaines vers la Normandie, pour d'autres vers l'Allemagne par la trouée de Belfort. Les soldats nazis n'avaient pas le moral, étaient hargneux. Parmi eux il y avait des brigades de SS, soldats dangereux pour la population, car ils prenaient des otages et les fusillaient. Beaucoup de réfractaires « hors-la-loi » furent ainsi pris et fusillés sur le champ.

La tragédie du bois Cambert

« Après le débarquement6, je rentrais chez mes parents pour faire les moissons, le 20 juillet 1944. Les autorités nazies avaient décrété le couvre-feu, fixé à 22 heures : personne ne devait circuler dans les rues, car il y avait encore des mouvements de troupes qui remontaient du Sud-Ouest dans notre région, et c'était dangereux.


Le 24 juillet 1944, mon père m'envoyait faire une course chez notre vieux propriétaire à Loubillé, lequel habitait à un kilomètre de notre ferme (…). »


Le père de Marcel Bodet était métayer, le propriétaire de la ferme s’appelait Octavien Beaumont qui résidait près de la « petite place » située à côté de la mairie. Octavien Beaumont faisait des essais de plants de vigne pour la chambre d’agriculture des Deux-Sèvres. Ce qui lui avait permis d’obtenir du polysulfure pour remplacer le souffre presque introuvable. Sauf pour certains... Lorsque Marcel Bodet, qui avait récupéré chez M. Beaumont une bonbonne de polysulfure pour « droguer » la vigne le lendemain, voulut rentrer à Narçay, il fut surpris par l’arrivée des deux voitures allemandes. Il nous l’explique en détail.


« (…) Je suis parti à vélo mais lorsque je voulus rentrer chez mes parents, je fus surpris par le bruit d'une voiture venant dans ma direction. C'est alors que je me suis caché dans l'angle d'une barrière de ferme à Loubillé, distante de 30 mètres de la route départementale (RN 737) qui relie Saint-Maixent-l'Ecole à Angoulême. De ma cachette je distinguais deux voitures noires, les vitres baissées, des canons de fusils qui en dépassaient, des soldats allemands prêts à tirer7. (Les voitures parties), je décidais alors de monter jusqu'à la route, mais de nouveau j'entendis le bruit d'une voiture et je retournais me cacher derrière la barrière et distinguais encore des soldats allemands armés. Dans mon esprit, j'avais calculé la distance qui séparait les deux premières voitures de la troisième. Je remontais à nouveau vers la route, et n'entendant plus de bruit dans ma direction, j'enfourchais mon vélo et de toutes mes forces je rentrais à la ferme de mes parents (à Narçais). A mi-parcours, j'entendis en direction du Bois Cambert, des cris, des claquements de portières et le commandement du peloton d'exécution, puis trois rafales de mitraillettes, et trois coups de grâce8.


Je compris vite le danger. Quand je suis arrivé à notre ferme, ma mère qui, du dehors avait tout entendu, était en pleurs, croyant bien que j'avais été pris. »


Pierre Talbot, sur le chemin du retour de la foire de Tusson avec son père et le poulain que ce dernier avait acheté9, a lui aussi entendu des coups de feu. « C’était passé le couvre-feu, nous sommes rentrés dare-dare. » dit-il.

 

Reprenons le récit de Marcel Bodet.


Le lendemain matin, le jeune Louis Pain de Bois-Naudouin, en maraude avec ses collets dans le Bois-Cambert où devaient gambader des lièvres selon Marcel Bodet, découvre les corps de trois hommes. Mais il préfère rentrer chez lui et se cacher car mieux valait ne pas dévoiler son activité de braconnier.


(…) « Le lendemain 25 juillet, je suis parti en direction du « bois Cambert » pour aller traiter la vigne10.. Sur le chemin qui longe ce bois, à une distance de 100 mètres de la route d'Angoulême, je découvris les trois corps de jeunes gens fusillés par les Allemands. Horrifié par ce massacre, je retournais chez mes parents et leur faisais part de ma découverte. J’allais ensuite avertir le maire de la commune : il ne voulait pas le croire11, il disait n'avoir rien entendu… (…) (On ne savait pas si c’était des allemands ou des Français… dit Marcel Bodet, les gens pensaient aussi à une escarmouche entre Allemands et FFI.)


C'est alors qu'il fallut prendre une décision… On est allé voir le secrétaire de mairie, qui était un instituteur en retraite. Lorsque nous avons raconté cette découverte, il était tout tremblant, lui qui avait déjà perdu un fils au début des hostilités sur les champs de bataille, et qui avait un autre fils, comme moi réfractaire. Le maire de la commune téléphonait à la gendarmerie de Chef-Boutonne. Les autorités ont ouvert une enquête, mais dans la commune on avait peur des représailles.


Quant à moi, pas question de témoigner. Etant recherché par la gendarmerie, je laissais le soin à mon père de témoigner à ma place : il déclara avoir trouvé lui même les trois corps en allant à son travail à la vigne. Et moi, je repartis en Charente-Maritime chez le paysan qui me cachait. »


Marcel Daniaud a voulu nous laisser une belle pensée, prenons le temps de la lire.


« Dans les temps heureux de la paix, sous le beau soleil de Messidor, on célèbre les fêtes de la moisson, mais, ce soir là, à l’orée du bois Cambert, ce ne sont pas des épis mûrs qui vont tomber sous la faux des moissonneurs, ce sont les vies de trois jeunes garçons que fauchera la mitraille allemande. »


Ecoutons à nouveau Marcel Bodet.


« Après enquête de la gendarmerie, on transportait les corps jusqu'à Loubillé12. L'ordre fut donné de pratiquer une autopsie. »


Consultons cet extrait du rapport13 rédigé par l’adjudant Jouineau, chef de la brigade de Gendarmerie de Chef-Boutonne.


« Le 25 juillet 1944, vers 11 heures, trois cadavres ont été découverts à Bois-Naudouin, commune de Loubillé (2 S.) à la lisière du bois Cambert (genre clairière, sise à 10 mètres d’un chemin de terre et à 200 mètres de la RN 737 Saint-Maixent-Angoulême, côté droit direction Angoulême. Aucune pièce d’identité n’a été trouvée sur eux. Figure, corps et effets ensanglantés, ont dû être tirés à bout portant. Des coups de feu ont été entendus dans la direction du Bois Cambert le 27 juillet 1944 vers 22h. Plusieurs automobiles ont circulé sur la RN 737 le même soir, vers 20h, 22h, 23 h. Certaines de ces voitures devaient être de l’armée d’occupation. Une conduite intérieure noire (numéro ignoré, lettres XL) marchant à l’essence, est restée quelques minutes en panne à Loubillé le 24 courant vers 19h30 ou 20h. Elle était occupée par deux militaires allemands et deux civils dont l’un, vêtu en pantalon de golf, parlait allemand et tenait le volant de la voiture pendant que les deux militaires la poussaient pour la faire démarrer. Le deuxième civil placé à l’arrière de la voiture, n’est pas descendu, il paraissait triste et avait les bras croisés. Il correspond au signalement de l’un des cadavres (n° 3). Cette voiture, conduite par un des militaires, est partie ensuite à vive allure dans la direction de Longré (Charente). De légères empreintes de pneus existent sur le chemin de terre de la RN 737 jusqu’en face du lieu où les cadavres étaient placés. Il est à présumer que là, les voitures ont avancé 200 mètres dans le chemin de terre, ont reculé ensuite jusqu’à la route nationale. Douze douilles calibre 9 mm ont été trouvées dans l’herbe à 4 mètres des cadavres. Aucun n’avait de papiers permettant de l’identifier.


N° 1, âgé de 20 ou 22 ans, 1,68 m, cheveux et sourcils châtains (…), était habillé d’une veste de marin en drap bleu-marine, pas de chemise, d’une culotte à pan en toile bleue, béret basque, chaussettes grises en mauvais état, bottes en caoutchouc usagées… La veste et la culotte portent le n° 10-503-T-42. Il était en possession d’un portefeuille, d’une plaque de vélo, d’une médaille en métal blanc, d’une montre en argent « plaqué or » à remontoir paraissant ancienne, portant le n° 899 et l’inscription « cylindre 10 rubis Lacorre à Quimperlé », boîtier marqué « Argus déposé »… montre trouvée dans une petite poche de son pantalon… n’était pas arrêtée, à l’heure légale, disait 14h le 25 courant lorsque l’adjudant Jouineau l’a retirée. Plus une très jolie petite montre bracelet portée au poignet gauche, le tout en métal blanc, montre ayant le ressort cassé.


N° 2 âgé de 18 ou 20 ans, taille 1,60 m (…), était habillé d’un veston de toile bleue, d’un pantalon gris à rayures, chandail kaki, sans chaussettes et sans chemise, ceinturon en cuir de l’armée, demi-bottes en caoutchouc en bon état, tête nue.


N° 3 âgé de 28 ou 30 ans, 1,73 m (…), était habillé d’une salopette de toile kaki, d’un blouson marron avec fermeture éclair, deux chandails, un en laine bleue et l’autre en laine blanche, un short en toile blanche, un cache-sexe de laine blanche, chaussettes marron, ceinture en cuir, brodequins, tête nue (…).


L’argent, les bijoux, objets et effets ont été déposés à la mairie de Loubillé à la disposition des familles des intéressés le cas échéant (…), photographies adressées lorsque les pellicules auront été développées.

L’autopsie a été pratiquée par le médecin légiste de Niort, le docteur Maupiès qui a conclu : « (…) en conséquence l’inhumation des corps pourra être faite dans les délais les plus courts ».

 

Marcel Bodet termine son récit.


« Le 26 juillet on procédait à la cérémonie religieuse dans l'église de Loubillé: il y avait beaucoup de monde.


On enterra les trois cercueils dans une fosse commune dans le cimetière de Loubillé. La foule se dispersa dans le silence, rentrant dans ses foyers le tête basse et le cœur blessé.

Pour moi, je n'oublierai jamais ce 24 juillet 1944, car si j'avais été devant le convoi, j'aurais été fusillé moi aussi au Bois Cambert. La chance a voulu ce soir là que je parte derrière les voitures.

Après la Libération, la municipalité élève un monument14 perpétuant la mémoire de ces trois réfractaires résistants, morts pour la France et la liberté. Ce monument fut inauguré15 le 11 août 1946 par le Préfet des Deux Sèvres en présence de toutes les notabilités politiques et administratives, ainsi que d'une foule considérable. » (…) Au cours d’une séance extraordinaire le 4 août 1946, le conseil municipal organise le programme de l’inauguration officielle. « Le programme de la cérémonie d’inauguration de la stèle des fusillés du bois Cambert se déroulera comme suit : « Cérémonie du 11 août, dès le matin, pavoisement ; 15 heures, rassemblement dans la cour de la mairie, allocution au monument aux morts des deux guerres. Départ pour le bois Cambert, discours des personnalités présentes. Retour, vin d’honneur à la mairie, dislocation. »

 

Le préfet des Deux-Sèvres donne l’autorisation définitive d’érection de cette stèle le 7 août.


(…) Voilà en ces quelques lignes la misère des réfractaires et maquisards de cette horrible guerre, qui fit dans le monde 50 millions de victimes. » conclut Marcel Bodet.


1 Plus de 600.000 français furent les victimes contraintes et forcées du service du travail obligatoire (STO) entre juin 1942 et juillet 1944. Un drame né de l'occupation hitlérienne et des lois d'exception prises par Vichy les 4 sept. 1942, 16 fév. 1943 et 1er fév. 1944.

2 Le gauleiter Fritz Sauckel fut chargé le 21 mars 1942 d'amener en Allemagne la main-d'œuvre de toute l'Europe. Et particulièrement de la France. Il trouva à la tête du régime de Vichy « de bons fonctionnaires ».

3 Loi du 16 février 1943, Marcel Bodet sera recensé aux Gours (16) le 26 février 1943.

4 Chez Sicard, les beaux-parents de Raymond Sitaud, maçon, réfractaire au STO, résistant de l’ombre, dénoncé par une femme de prisonnier (abusée) qui aurait voulu le voir partir en Allemagne à la place de son mari prisonnier. Les Allemands promettaient de faire rentrer une cote-part de prisonniers de guerre si on leur envoyait des STO. Raymond Sitaud avait fait cacher au château de La Fontbrisson (Saint-Fraigne en Charente) des réfractaires STO des environs de Celles-sur-Belle.

5 Le maçon Brisson, de Couture-d’Argenson, m’avait fait cacher à Fontaine-Chalendray (17).

6 Débarquement de Normandie le mardi 6 juin 1944.

7 On imagine les craintes de Marcel Bodet qui était recherché comme réfractaire STO.

8 Marcel Bodet fait un raccourci pour ne pas nous laisser languir, mais ces bruits, etc. il n’en connaîtra la source et les effets que le lendemain.

9 Selon Marcel Bodet.

10 « Pour traiter la vigne », nous a-t-il raconté. Il était parti avec une machine à droguer tirée par une jument de réforme achetée aux Allemands. Sur le petit chemin à la hauteur de la stèle, sa jument s’est arrêtée. Marcel Bodet est allé voir pourquoi. Il découvrit trois cadavres à dix mètres du chemin. C’est leur « odeur de mort » qui avait fait stopper la jument. Une jument qui avait traversé bien des champs de bataille et qui connaissait cette triste odeur. « Je ne connaissais pas ces hommes, je suis allé vider ma tonne et suis vite rentré à la maison. »

11 Marcel Daniaud relate dans son livre : « Le lendemain matin, le jeune Louis Pain de Bois-Naudoin, alors âgé de 19 ans, arrivé prudemment sur les lieux, sera horrifié par le spectacle qu’il découvrira : trois corps étendus, criblés de balles et les coups de grâce ont défiguré les visages de ces adolescents. Louis Pain rentrera chez lui, traumatisé, et restera prostré jusqu’à l’arrivée de ses parents. » Peut-être, mais Marcel Bodet doute de cette affirmation, car tant d’histoires ont été racontées, après, et comme toujours. Aux enfants, on avait bien dit qu’un corps était accroché dans un arbre, ce qu’il est facile de démentir.

12 Sur trois charrettes à bras de maçon et de menuisier (il n’y avait plus de voitures), la population participait au défilé qui fut croisé par un convoi allemand, chacun eut peur qu’il s’arrête. Les corps seront amenés chez le menuisier où sera faite l’autopsie puis la mise en bière.

13 Procès-verbal n°373 du 26 juillet 1944.

14 Le 15 mai 1946, le conseil municipal décide sur la demande verbale de nombreux habitants d’élever une stèle à la mémoire des trois FFI fusillés par les Allemands au lieu dit « le bois Cambert » sis sur le territoire de la commune de Loubillé. Après délibération le conseil décide à l’unanimité de récolter les oboles offertes gracieusement par les habitants de la commune et des communes avoisinantes qui avaient assisté en grand nombre aux obsèques de ces trois victimes et de faire ériger une stèle, le terrain nécessaire ayant été offert gratuitement par la famille Vannaud de Paizay-Naudouin.

15 Il figure les noms de deux jeunes hommes, Pierre Fossé, Fernand Prévost et ajoute « un inconnu ».

 

stele_bois_cambert.jpg

 

La stèle du bois Cambert a été inaugurée le 11 août 1946.

 

 

Mais il restait encore à identifier les victimes de cette tragédie : « Trois jeunes gens dont la barbe date de deux jours. »

Dans le journal (La petite Girondedu mardi 1er août 1944), selon un père (H. B.) à la recherche de son fils (Y. B.) : « Le 30 juillet, trois jeunes gens avaient été trouvés morts, le corps criblé de balles sur le territoire de la commune de Loubillé, voulez-vous avoir l’obligeance de me dire (M. le Maire) si parmi l’un des trois, il y en avait un qui ressemblait à la photographie que je vous adresse ci-joint ».Mais ce n’était pas son enfant, la photographie lui sera retournée comme il l’avait demandé.

Le N° 3 est Pierre Louis Fossé, Mort pour la France à 21 ans

Le 27 septembre 1944, le maire de Loubillé rendait compte : « Le jeune homme inconnu tué par arme à feu le 24 juillet 1944 et dont le décès est enregistré sous le n° 3, a été reconnu aujourd’hui par sa mère sur le vu des vêtements et d’après le signalement porté dans l’acte de décès. Pierre Louis Fossé était originaire de Mortafond, commune de Néré en Charente-Maritime, où il est né le 13 janvier 1923. Il est le fils de Félicien Edmond René Fossé et de Alice Isabelle Sauvaire ». Sa mère est née à Bazauges,  près de Néré en Chatente-Maritime, une commune dont les habitants sont venus en pèlerinage, plus de cent personnes accompagnées de M. Clémenceau, leur maire, un certain 8 mai à Loubillé.

M. Michelet est alors maire de Loubillé, Mme Morin, maire de Néré. Pierre Fossé a été reconnu parce que son mouchoir portait une étiquette destinée à identifier son linge, elle avait été cousue lorsqu’il fréquentait le collège de Chef-Boutonne, ce fut un indice précieux. Ce jeune homme était commis auxiliaire des Ponts et Chaussées à Loulay (17). Sa dépouille sera exhumée le 3 novembre 1944 pour être transférée à Néré. Il était FFI.

Le N° 2 est Fernand Prévost, Mort pour la France à 18 ans

Le 23 novembre 1944, Y. Brisset, assistante rurale à Saint-Jean-d’Angély, écrit au maire de Loubillé qu’elle recherche « un jeune Parisien de 18 ans, FFI, très probablement FTPF, tué fin juillet ou début août, il s’agit de Fernand Prévost » et demande s’il n’est pas enterré dans la commune. Au vu de la réponse positive du maire de Loubillé, elle déclare : « Comme je le supposais, le jeune maquisard enterré dans votre commune portant le n° 2 est bien le Parisien Fernand Prévost ». Elle ajoute : « Je crois savoir que le marin est un Breton habitant La Rochelle, j’ai réussi à retrouver trois de ses camarades et le maquisard (…) qui a interrompu les battages. J’espère obtenir satisfaction à ce sujet ». Fernand Prévost, est né le 16 août 1926 à Paris. « Son père était ouvrier spécialiste aux usines Renault. Sa mère est décédée en 1936, son père serait remarié et résiderait à Montreuil-sous-Bois (Seine). Le jeune Fernand Prévost a fréquenté l’école rue de Sèvres et a fait l’apprentissage de menuisier au centre de jeunesse de Boulogne. Avant son entrée au Maquis, il travaillait chez Couineau, menuisier à Landes (17). Je ne puis vous donner de plus amples renseignements sur ce jeune homme qui a été pris par les Allemands un peu avant sa découverte dans le bois Cambert alors qu’il venait d’entrer dans un petit maquis composé d’une dizaine de membres, aux environs de Landes (17), le chef de ce maquis devait être Roger Roux, actuellement à l’école régionale des cadres de Pyla (33) » indique dans un procès-verbal de renseignements judiciaires et administratifs, l’adjudant de gendarmerie André Jouineau le 15 mars 1945. Fernand Prévost repose en paix pour l’éternité dans le cimetière de Loubillé, ses parents ont déposé une plaque en son souvenir. Il est le seul des trois FFI fusillés à Loubillé à ne pas avoir été exhumé.

Le N° 1 est Pierre Albert Audren, l’«inconnu », Mort pour la France à 20 ans

Pierre Albert Audren est un jeune marin breton. « Identifié après enquête par des témoignages formels » précise le tribunal de Melle dans un jugement rendu le 18 novembre 1947. Il est né le 7 février 1924 à Clohars-Carnoët (Finistère) de Pierre Joseph Audren et Marie-Hélène Guillemot. C’est « un jeune matelot sans spécialité ». Il sera déclaré « Mort pour la France » et nommé Sergent. Son père entreprendra une longue correspondance avec le maire de Loubillé auquel il confie « toutes sortes de tracas administratifs » (8 novembre 1947, 14 février 1948, etc.) pour faire transférer la dépouille de son fils gratuitement à Courbépine près de Bernay (Eure). Nous apprenons que le père - comme son fils - était en Angleterre pendant la guerre « pour faire mon devoir » et que « j’ai reçu une lettre dernièrement du ministère des Armées me disant qu’il (son fils) était cité à l’ordre du Détachement et qu’ils avaient tout son dossier et que si j’avais besoin d’un renseignement de leur écrire ». Le transfert du corps s’est fait après le 21 août 1948 ; le 21, il fallait encore expédier une nouvelle copie de l’acte de décès…

C’est sa montre, selon Marcel Bodet, qui permettra entre autres objets et vêtements de l’identifier par la suite, elle aurait été offerte par un ami qui l’aurait reconnue. Mais nous savons (voir supra) que Mme Brisset, assistante sociale à la Rochelle, avait déjà donné de sérieuses pistes.

Pourquoi avoir fusillé trois jeunes FFI à Loubillé ?

Il fallait encore déterminer pourquoi ces trois jeunes hommes étaient venus se faire fusiller à Loubillé. Ils tentaient, semble-t-il, de rejoindre un maquis, « probablement dans la forêt de Chizé » selon Marcel Bodet. Rappelons que « Fernand Prévost venait d’entrer dans un petit maquis composé d’une dizaine de membres, aux environs de Landes (17) » . Un village situé à 10 km environ de Saint-Jean-d’Angély sur la route de Surgères. Et à une trentaine de Chizé.

Selon Marcel Bodet encore, les trois fusillés du bois Cambert se trouvaient à Saint-Mandé, près d’Aulnay, en lisière de la forêt domaniale. Ils pédalaient sur leurs vélos, quand, à un carrefour, ils se sont retrouvés au milieu d’un peloton cycliste allemand. Bizarrement, les boches ne leur demandèrent rien. Nos trois compères réduirent progressivement leur allure pour laisser filer les cyclistes « vert de gris ». Malheureusement, ces derniers étaient suivis par une colonne de camions. Et là, nos trois jeunes gens n’eurent pas une seconde chance. Ils furent amenés à la kommandantur de Niort où on décida de fusiller ces terroristes car il n’était plus question de prisonniers à expédier travailler en Allemagne. Mais où ? Les maquis étaient partout… Le risque était grand pour les Allemands de se faire prendre sur le fait. Mais « le temps est clair à Loubillé » aurait assuré une femme originaire de cette commune1, une femme « maquée » avec l’officier en chef de la kommandantur, une femme bien renseignée… Une femme qui ne sera jamais fusillée. Le chef de la kommandantur envoya prestement sur Loubillé nos trois martyrs accompagnés de leur peloton d’exécution… « La solution finale ».

Selon Marcel Bodet : « Cette brave femme accompagnée de ses deux enfants, dut fuir vers l’Allemagne à la suite de son compagnon boche. Mais elle ne fut pas admise à rentrer dans ce pays. Patience, et quelque temps plus tard, elle y parvint enfin. Elle n’est jamais revenue à Loubillé ».

Marcel Bodet, âgé de 25 ans à la libération, dut encore partir faire son service militaire. Un drôle de sursitaire…

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1 Sans aucune certitue, simple témoignage verbal.

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