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MARFFA LA CORSE EN ROUTE VERS LA GLOIRE


Un charron de Chef-Boutonne réparait les charrettes et les roulottes de Georgio. C’était M. Guilbot. Il lui faudra attendre 1955 et se rendre à Boisement (Eure) pour voir régler enfin sa facture. L’antique ménagerie fut vendue mais à une date difficile à définir. « En 1947 ou 1948 à Bouglione, clame Paulette, ils m’ont engagé pendant trois mois pour leur montrer comment on fait parler le micro… » Cette vente a dû se faire au plus tard en 1946-1947, ce qui confirmerait les propos des nièces de Paulette rapportés par Michel Pierre.

 

En effet, car une plaquette publicitaire destinée à favoriser les engagements de Marffa précisait : « Etablissement La Jungle de 1946 à 1952 ». C’était la « Jungle bis » vraisemblablement.

 

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La Jungle deuxième du nom.

 

Il est dommage que nous n’ayons trouvé aucune précision quant à cette nouvelle « Jungle » dont nous disposons pourtant d’un cliché. Mais il serait probable qu’elle ait été conservée, au moins quant aux cages, à partir de 1955 pour équiper le site de Boisemont dans l’Eure (après la vente de Loubillé, lire pages suivantes).


Le récit de Michel Pierre nous rappelle.


Retour place de la Brèche à Niort

« Après guerre, Georgio exploite… « Vision d’histoire », sorte de diorama sur les camps nazis1. Mais Marffa se met en devoir d’acheter quelques animaux en Belgique (au Barnum Robert Henry) pour remonter une nouvelle ménagerie - sous l’enseigne de « La Jungle » comme son ancien cirque, dont la première représentation a eu lieu place de la Brèche à Niort.

Georgio et Marffa reprirent alors la route pour de nouvelles aventures. Ensuite, Marffa se procure une belle panthère, puis des ours et une superbe collection de singes qui viennent compléter la troupe de… La Jungle. En 1949, Georgio et Marffa montent leur ménagerie à la foire aux pains d’épices2. On peut alors lire dans l’Inter Forain : « Il faut voir avec quelle science dans la présentation et le boniment Georgio sait faire entrer la foule sous son chapiteau à chaque parade. Il pousse même la coquetterie jusqu’à se donner dix ans de plus pour émouvoir davantage les spectateurs (…) Si cela fait 20 ans que Georgio n’est pas venu à Paris où il fut employé à la ménagerie Laurent, vérité oblige à reconnaître que ce n’est plus le mari de Marffa qui est face aux lions, mais Georgio junior, en réalité Gustave, le mari de Georgette, que l’on fait passer pour Georgio senior, ou parfois pour son fils. » (…)


« Ma sœur, expose Paulette, elle rentrait dans les cages, faisait un numéro d’ours dans la cage circulaire. On faisait une parade pour attirer le public sur nos chaises en fer avant de commencer le spectacle. Ma sœur a rencontré les trois frères Brion, leur père était petit et leur mère immense. Les Brion avaient une baraque de danse (danse du ventre). Ma mère ne voulait pas que Georgette épouse Gustave, l’un de ces garçons dont elle était très amoureuse. Elle a fui avec lui et l’a épousé. » Mais l’histoire se termine bien et Georgette et ses parents resteront toujours très proches.

 

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Pendant ce temps, à Loubillé, la Jungle - cette petite ferme modèle selon Georgio - est louée à une famille nombreuse : 22 enfants dit-on !

 

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Georgette et Marffa.


Du 11 novembre au 3 décembre 1950, « La Jungle » est sur les allées Jean-Jaurès à Toulouse. Le programme « La jungle magazine » rappelle sans rougir que l’établissement débuta par l’union de M. Georgio et Mlle Marffa la Corse. Marffa est photographiée tenant dans ses bras une panthère : « la petite panthère Chouras, fétiche de la ménagerie La Jungle est visible chaque jour à notre parade ». Le texte rappelle : « La Jungle, depuis sa naissance, a donné 3.000 représentations au profit des malheureux ». Le portrait de Georgio (ce qui est très rare3) est en bonne place. Il a fait inscrire : « Georgio le sympathique directeur, Marffa la Corse la célèbre dompteuse internationale avec ses lions, panthères, ours, tigres, etc. etc. VLCEK le maître des fauves, Bill le plus jeune dompteur du monde, Violette d’or4et ses grands serpents »

 

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Une si belle chevelure, cela vous fait penser à la....


Le samedi 5 janvier 1952, le cirque Georgio est à Paris, place d’Italie. Une belle opération publicitaire, un grand moment « à l’occasion de la remise par Schrif Amar, le grand dompteur français, d’une médaille d’or à Marffa la Corse qui le sauva des griffes de Kimlo, le tigre indochinois. Le cirque Georgio présente au cours d’un grand gala au profit des œuvres de la presse parisienne sous le patronage de Libération, le quotidien républicain de Paris, une sensationnelle galette des rois, qui sera partagée entre l’étoile du cinéma Louise Carletti, le champion de France des poids légers Auguste Caulet, et les lions de l’Atlas dressés par Georgio junior, le plus jeune dompteur du monde ».

 

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Suite de l’article de Michel Pierre :

 

Le cirque et la ménagerie La Jungle


« En 1953, Marffa monte sa ménagerie à la foire aux pains d’épices, avec Jim Roose et sa lionne Miss, et Willy au programme. On la retrouve alors sans fouet, faisant travailler ses bêtes au doigt et à l’œil. Elle obtient des tigres ce qu’elle désire : passer dans un cerceau de papier, dans un tunnel, sur une échelle, sauts, etc. De l’avis de tous, Marffa fait évoluer ses huit fauves avec une aisance extraordinaire.

Marffa présente des panthères, des ours et des singes… Aux dires de Georgina, sa petite fille, 1953 marque la fin des tournées de la ménagerie foraine5. C’est aussi l’année des premiers engagements. D’ailleurs, une fois la foire aux pains d’épices terminée, elle part pour Helsinki, en Finlande. Georgio s’occupe de contrats. »


Ajoutons toutefois notre grain de sel à cette histoire. Effectivement, Georgio ne sera plus de tous les voyages, « il est fatigué », selon Paulette. C’est lui qui gère les « affaires » de sa compagne.

 

affiche1-copie-1Marffa la Corse se rendra en Finlande avec le cirque Sariola pour la saison 1953.

 

« Mais ce fut une grande désillusion car les Finlandais sortaient peu, il n’y avait pas beaucoup de fêtes, souligne Paulette, ils n’avaient pas les mêmes goûts que nous. ».

 

Ce qui sera très différent avec les Espagnols. Et incite après quelques mois Marffa à quitter la Finlande et se rendre à Barcelone avec le cirque Corzana, puis à Valence.

 

 

Elle est à l’affiche du théâtre des Baléares, et Palma de Mallorca. Puis elle se rend à Madrid avec le cirque Price en 1954.


De sérieux élèves de troisième du collège Micheneau de Villefagnan ont bien voulu traduire pour nous cet article publié dans un journal espagnol le 31 décembre 1953 à l’occasion de la nouvelle année.

 

 

 

« La célèbre dompteuse de tigres est actuellement dans les Baléares. Nous espérons qu'elle sortira indemne de la cage de ses « affectueux » animaux ».

– Quel est le meilleur moment de cette année 1953 ?

– La tournée au Portugal et l'Espagne, le public, extrêmement sympathique m'a profondément touchée, je ne suis pas près de l'oublier.

– Et le pire ?

– Rien de mal ne s'est passé.

– Pas une morsure ?

– Aucune.

– Ce qui montre votre habilité à traiter ces bêtes.

– Merci beaucoup.

– Quel est votre vœu pour la prochaine année 1954 ?

– Mon intégration dans une troupe de Hollande, et que le succès soit le même que cette année.

– Certainement Madame Marffa la Corse…

La jeune dompteuse ne dit pas plus d'un mot en espagnol. Elle est française et en plus elle est sympathique. »


Cet article a été traduit par les collégiens Alex, Thomas, Gaétan et Anthony, et leur professeur d’espagnol à Villefagnan que nous remercions sincèrement.


Pas peureuse, Marffa ! « Ma mère a été très souvent blessée, dit Paulette,on n’est jamais sûr d’une bête fauve. A Madrid, un des employés avait donné à boire aux bêtes mais oublié de refermer une cage. Un tigre s’est échappé, il a fallu six heures pour le faire rentrer, il n’a pas reconnu ma mère et lui a broyé le bras ». Paulette relate que Marffa était dans le coma (au moins trois mois), que le chirurgien voulait lui couper le bras, que Georgio est intervenu avec son pistolet pour l’en empêcher, que les ligaments de Marffa ont été ligaturés avec du nerf d’animal, qu’une plaque a été apposée dans le bras. Cet accident est réel, mais Marffa elle même ne le dramatise pas autant : « Une semaine à l’hôpital… »


En 1954, Marffa est au Portugal, à Porto au Coliséo. Puis elle part la même année en Hollande rejoindre le « Circus Van Bever ». De décembre 1954 à janvier 1955, elle est en Suisse au Pavillon des Sports de Genève. En février et mars, elle fait une tournée en Israël et en Palestine. Elle revient en Espagne en 1955 avec le Canada Circus.


Marffa la Corse se présente sur son nouveau courrier à en-tête en tant que dompteuse internationale ; elle dit évoluer avec cinq tigres en un numéro unique dans les cirques, variétés, music-halls et peut participer à des tournages de films. Elle dispose de deux lots de matériels : un pour la piste, un pour la scène. Son port d’attache se situe : 26, boulevard de l’Hôpital, Paris Ve. Les singes et les serpents ont disparu du programme. Comme Georgio son directeur et manager.

 

Retrouvons Michel Pierre et l’Inter Forain :


Sous les plus grands chapiteaux du monde


« Marffa abandonne donc la ménagerie foraine pour présenter son numéro dans les plus grands cirques, où elle fait de remarquables entrées avec des tigres d’Indochine à qui elle fait traverser des cerceaux de papier, faire de l’équilibre, etc. Ses engagements la mènent dans le monde entier, de Cayenne en Hollande, en passant par l’Amérique et la Finlande, où elle travaille sous les plus grands chapiteaux du monde. En France, on la retrouve chez Amar et Bouglione, mais aussi à l’Olympia en 1960. Blessée plus d’une trentaine de fois, cette remarquable belluaire présente aussi des serpents pythons en compagnie de sa fille Georgette, la mère de Sonia et de Georgina, ses petites-filles que l’on retrouve également sur les fêtes dès leur plus jeune âge. De leur côté, Paulette, fille cadette de Marffa et ses enfants, se sédentarisent assez vite. »


« On a pris le bateau pour aller à Cayenne, deux mois de traversée, on était tous malades sauf ma mère, dit Paulette sans autre précision, on mangeait à la table du capitaine, on faisait des escales (aux Antilles) pour faire de la viande pour les bêtes .»


Mais elle ne nous cache pas que la vie n’était pas facile auprès de son premier mari qui ne donnait pas satisfaction au nerveux directeur de « La Jungle » : « Un mari alcoolique, un fainéant… ». Paulette qui mettra au monde trois filles et un fils, se confie : « C’était en 1947 ou 48, on voyageait avec mes parents, j’ai eu mon fils à Carcassonne. A Villefranche-de-Rouergue, mon père s’est disputé avec mon mari, nous a juste laissé une caravane et nous a abandonnés. J’allais faire les poubelles pour bouffer ».

 

Marffa est régulièrement victime d'accident. Ainsi le 28 octobre 1951 à Rouen. Mais nous ne possédons pas d'article ou témoignage, toutefois une carte postale avait été publiée.


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En 1955, la ferme modèle « La Jungle » de Loubillé est vendue pour 600.000 francs. Marffa dépêche un mandataire et déclare une adresse provisoire à Rouen. Et elle achète une propriété au centre du bourg de Boisemont (Eure). « Parce que c’était pas loin de Paris, parce qu’il y avait 22 pièces et de la place pour les tigres, rapporte Paulette, mais ils n’étaient pas faits pour la vie de château et ont revendu deux ans plus tard, même pas cinq millions, une bouchée de pain. »


Marffa la Corse se présente désormais comme « la femme aux tigres ». Elle ajoute : « dompteuse internationale de réputation mondiale, présente son numéro de tigres sous différents costumes ». Elle propose ses services non seulement aux cirques et scènes réputées, mais aussi à la télévision et peut participer à des tournages de films, voire faire du dressage et des exhibitions dans les parcs zoologiques. Elle précise avoir présenté son numéro à « La piste aux étoiles » en France, et aux télévisions anglaise et russe. Le courrier à en-tête donne pour adresse permanente : Route nationale, 27 Boisemont6, tél. 19. Cette ville se situe entre Paris et Rouen, à 40 kilomètres de la capitale de la Normandie, sur la RN 14.


Le dompteur Michel Combarré (dit Mike Baray7), était un ami de Marffa qu’il avait fait rentrer à ses côtés au parc de Bagatelle (il fut le premier dompteur à y travailler). Il tient à nous donner quelques précisions : « A Boisemont, c’était une grande maison en ville8, Marffa me disait qu’avec ses tigres elle pouvait y rester sans déranger les habitants alors qu’avec des lions c’eût été impossible ».

 

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Marffa avait acheté en 1955 à Boisemont une grande maison à un cultivateur, M. Decouterre. « Cette grande maison a reçu bien des transformations depuis Marffa la Corse » nous dit Aline Bertou, maire de Boisemont qui nous a gentiment mis en relation avec les successeurs de la dompteuse. C’est Claude Delabarre, artisan maçon, et son épouse, qui ont racheté cette bâtisse à Marffa en 1967. « Ça s’appelait Le Château, même si ce n’était qu’une maison de maître d’environ dix pièces, la ferme était de l’autre côté de la RN 14, mais elle avait été vendue séparément. Deux ailes étaient accolées à la bâtisse. Il y avait des cages dans les bâtiments, lesquels fermaient, mais un jour des tigres se sont quand même échappés. Marffa la Corse les dressait à l’extérieur habituellement quand elle venait l’hiver à Boisemont ».


Les Delabarre ont revendu le « château » depuis.

Dans les archives de Paulette, nous avons trouvé quelques pages arrachées à un magazine (non identifié) que nous pourrions dater du début des années cinquante. L’auteur évoque Marffa et Georgette « pour leurs beaux yeux ».

 

Le titre de l’article impose que l’on parcourre ce papier :

 

Les yeux les plus fascinants du monde


Lu dans un magazine des années cinquante :

« Les yeux les plus expressifs du monde sont-ils ceux des dompteuses ? On serait tenté de le croire en admirant les yeux fascinants des dompteuses de renom que nous allons vous présenter. Il est certain que le seul fait d’oser entrer dans une cage pour affronter des bêtes que l’on qualifie de « sauvages », représente pour une femme de rares qualités de sang-froid, de volonté et pour tout dire de courage. (…) Actuellement, les dompteuses ne sont pas très nombreuses ; peut-être faut-il attribuer cette carence à l’achat des fauves qui nécessite une mise de fonds fort importante, et aussi à leur entretien qui est des plus coûteux, car les femmes aujourd’hui ne sont pas moins braves qu’elles ne le furent jadis. (…) On peut voir également à Paris et dans toutes les villes de province où de l’étranger où elle se produit, Marffa la Corse. Cette célèbre dompteuse fait avec des tigres d’Indochine de remarquables entrées et joue avec ces redoutables fauves comme avec de simples chats, au point de leur faire exécuter les exercices d’adresse et d’équilibre les plus étonnants. Marffa la Corse a été blessée 35 fois, mais fort heureusement ces terribles blessures n’ont pas laissé de traces sur son beau visage énergique. Marffa présente également des serpents pythons avec sa fille Georgette, qui est déjà maman d’une petite Sonia âgée de cinq ans. Sonia sera sans aucun doute, dompteuse comme sa mère et sa grand-mère. (…) Dans sa ménagerie, Marffa la Corse présente un gros tigre d’Indochine et lui fait traverser des cerceaux de papier, marcher sur les pointes et faire de l’équilibre. Un seul regard de Marffa fait obéir ce terrible fauve. »


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Reprenons le fil avec Michel Pierre.


Ses arrière-petits-fils sont toujours sur la fête


« Revenons à Marffa. Nous sommes dans les années 50. Alors qu’elle part assurer des engagements à l’étranger, Gustave (Georgio Junior) et Georgette montent une boutique à l’enseigne du « Petit Creusot ». Georgina se souvient qu’avec sa sœur Sonia, elles faisaient la parade : « Ma sœur faisait l’automate9, mon père était habillé en clown et moi, qui étais plus petite, j’étais en danseuse… ». (…)

En 1966, après une carrière bien remplie, Marffa cesse toute activité. Avec Georgio, ils se retirent à Ergnies, dans la Somme, auprès de leur fille Georgette qui arrête le métier en même temps qu’eux et se reconvertit dans les marchés. Sonia, elle, reste sur la fête. Aujourd’hui, on peut la croiser dans la région toulousaine avec sa boutique de churros, gaufres, etc. non loin du manège pour enfants que tient son fils Vincent Delort, arrière-petit-fils de Marffa et Georgio… Comme David et Jacky, autres fils de Sonia eux aussi présents sur la fête, ils perpétuent la tradition familiale.

Georgio décède en 1979, à l’âge de 83 ans. L’un et l’autre ont écrit une des plus belles pages de l’histoire des ménageries foraines. »

 

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En 1955, Marffa la Corse possède cinq tigres qu’elle assure avoir dressés elle-même.

 

Elle possède deux voitures, une pour les tigres, l’autre pour la cage-tunnel. Les voitures sont sur pneumatiques (ouf !) et « passent » aux gabarits internationaux. « Pour les variétés, théâtres, les tigres sont logés dans des sabots de 2 m de long, 1,10 m de large et 1,80 m de haut, qui sont montés sur des roues à galets. Le numéro dure au minimum dix minutes, au maximum 15 minutes. La cage circulaire de 9 m de diamètre peut se monter plus réduite. »

 

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En 1956, chez Amar, elle ouvre le programme : « la femme aux tigres, la seule femme au monde présentant un numéro de tigres du Bengale ». Elle est à l’affiche des Bouglione au cirque d’hiver 1957-5810. Comme à son habitude elle assure en fanfare l’ouverture du spectacle avec ses tigres.

 

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En 1959, c’est l’aventure à la radio. Circus 59, le cirque de la radio télévision française (RTF). Le cirque Radio-Circus apparaît en 1949. Radio Luxembourg et le promoteur de spectacle Jean Coupan lancent un cirque itinérant proposant en seconde partie l’enregistrement d’émissions radiophoniques célèbres. La famille Gruss collabore jusqu’en 1958 avant de partir fonder le grand cirque de France. Radio Luxembourg suit les Gruss, l’ORTF devient le nouveau partenaire du Radio Circus. Sur l’affiche de 1959 on lit : tigres (Marffa la Corse), clown au trapèze (Coco), patins à roulettes (Trio Beverly), Mini Maxi (Albert Carre), assiettes volantes (Eddie Rose et Marion), enregistrement radio « 100 000 francs par jour » etc.

Sous le chapiteau du « Radio Circus », Marcel Fort salue son auditoire du jeu radiophonique « quitte ou double ». Marffa et ses tigres d’Indochine sont au programme. Ce n’est pas tout à fait encore « la piste aux étoiles »11. Le journal « Télé 59 » publie une belle photographie légendée de Marffa la Corse « qui présente chaque jour un numéro de dressage de tigres d’Indochine est l’une des figures les plus énigmatiques et les plus nobles du cirque. Son impassibilité et son courage naturel forcent l’admiration de tous ».

 

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En 1963, elle rejoint le cirque Rancy et fait l’objet d’un bel article de presse12. Le journaliste titre : « Parmi les attractions d’un beau programme de cirque : sept tigres adultes dressés par une femme ». Bel hommage rendu à Marffa la Corse, une publicité pour le cirque Rancy.


« Le cirque Napoléon Rancy présentera lundi prochain, à Lille, son 17e spectacle depuis 1946. Belle fidélité envers le public de notre ville qui bénéficie, chaque année, à l’occasion de la foire d’été, de programmes particulièrement soignés, de numéros toujours brillants, d’artiste réputés qui se sont fait applaudir dans tous les pays d’Europe.

Le spectacle de cette année se présente sous des auspices particulièrement favorables, 4 jeunes tigres, âgés de deux mois à peine, ont fait leur apparition à la ménagerie du cirque Rancy. Leurs parents se nomment « Kimlon », natif d’Indochine, et « Dalila », originaire de Sumatra.

Dans sa roulotte où elle a installé son bureau, Mme Rancy, avec son amabilité coutumière, nous présente les derniers rejetons de ce couple de fauves : Napoléon, Radjah, Dany et Benn. Ils sont élevés par la dompteuse Mme Marffa la Corse qui inaugurera le spectacle Rancy de cette année par un numéro extraordinaire : 7 tigres adultes, dressés par elle. Un groupe de fauves de la plus féroce espèce, domptés par une simple femme ? On n’avait encore jamais vu ça ; le public lillois bénéficiera pour la première fois de cette attraction de choix. Mme Marffa a commencé à l’âge de douze ans son métier périlleux13 ; en Corse, ses parents élevaient toutes sortes d’animaux féroces : lions, ours, hyènes, panthères ; à leur école, Marffa faisait « travailler » les hyènes, un peu plus tard les lions. A 16 ans, elle commence sa carrière sur le plan international : elle se rend au cirque « Sariola », en Finlande et, depuis ce temps, elle ne cesse de présenter aux publics de tous les pays d’Europe toutes sortes d’animaux sauvages. Relevant le manche de son tricot, Mme Marffa nous montre sur son avant-bras droit une longue cicatrice : la trace des crocs et des griffes d’une fauve énervé qui se jeta sur elle, il y a quelques années en Espagne14.

Dans la roulotte-secrétariat où la fille de Mme Rancy, Sabine, nous a rejoints, ainsi que son mari Dany Renz, une conversation générale s’engage. Des « tuyaux » nous parviennent. Il y aura cette année 18 numéros, tous marqués de la classe « Cirque Rancy ».

Dany Renz, handicapé par un claquage au tendon d’Achille, ne pourra assurer son numéro de haute voltige ; par contre, de nouveaux clowns, dont un « Blanc » et deux « Gugusses » nous feront rire aux larmes. La jeune Patricia nous fera admirer ses dons de trapéziste. Le conducteur de l’orchestre sera « un des excellents animateurs de la RTF ». Du nouveau aussi dans la ménagerie où 22 bêtes nouvelles seront présentées dans un numéro de dressage. Mais il s’agit là d’indiscrétions. En dévoiler plus long, serait gâcher d’avance le plaisir du public qui se pressera samedi à 20h45 au cirque Rancy. »


En 1964 , Marffa la Corse part en tournée en Hollande avec Voltini, selon Mike Baray qui assure : « J’étais chez Jean Richard, je suis allé là bas pour acheter des lions et des tigres… »


Le 1er octobre 1965, Marffa a apposé quelques mots à l’encre rouge sur une page d’un journal de l’Oise : « Dernier jour de ma carrière de dompteuse à Compiègne ». Une carrière exceptionnelle se termine. Lisons cet article ensemble… au moins les lignes qui nous concernent :

« Chanson, cirque, et… « baratin » (…) après le passage sur le podium de Claude Nougaro (…) le bureau directeur du groupement des commerçants a mis sur pied un très alléchant programme des festivités pour demain.

 

Spectacle de cirque et de variétés

 

Le groupement des commerçants organise, sous le chapiteau de la Quinzaine, installé au Rond Royal, un grand spectacle de cirque et de variétés présenté Jean Valton, avec les plus grandes vedettes du cirque et de la chanson.

C’est ainsi que nous aurons l’occasion d’applaudir les Marcellis dans leur numéro d’acrobatie, les Sipolo dans leur numéro musical, les otaries d’Armand Guerre et les chiens savants de Miss Moune.

Les clowns sont toujours inscrits au programme de cirque, on verra ceux qui ont fait le succès de la Piste aux Étoiles : Dario, Maïs et Mimile. On pourra également applaudir les numéros de dressage de Marffa la Corse, cette dompteuse qui défraya la chronique en 1952, en faisant baptiser un de ses tigres à Mouy.

Le « baratin » aura sa place dans le spectacle, avec son Roi, Roger Nicolas, tandis que la chanson remportera son habituel succès avec Alain Barrière, interprète toujours sensible… »

 

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Une carrière s’achève. Marffa la Corse redevient simplement Marie-Thérèse Rouffin. Elle vend d’abord ses bêtes et son matériel à Peters, marchand d’animaux en Belgique, en Flandre. Et se sépare de sa maison devenue trop grande à Boisemont. Georges Vignolles et Marie-Thérèse Rouffin se rapprochent de leur fille aînée, Georgette. Cette dernière vit à Ailly-le-Haut-Clocher, dans la Somme, où elle est foraine et vend du linge et des vêtements. Marie-Thérèse Rouffin imite sa fille. « Elle vendait beaucoup avec son talent de bonimenteur, mais elle n’a pas souhaité continuer » dit Paulette. Un vieux café est acheté à Ergnies, une petite commune voisine. Le couple de retraités le transforme en une belle et confortable maison d’habitation. Georges Vignolles s’éteint le 1er novembre 1979 à Ergnies, sans avoir reconnu ses deux filles, ni divorcé de Maria Ersélia Cardinali.

 

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Le 19 août 1988, le Courrier Picard, sous la plume du talentueux Jacques Dulphy15, esquisse le portrait de Marffa la Corse. Non sans vouloir nous faire avaler de grosses couleuvres… bien involontairement. Il titre :« La vie aventureuse de Marffa la femme aux tigres ».

« Marffa, 81 ans, a pris sa retraite il y a une vingtaine d’années dans le petit village d’Ergnies, près d’Abbeville. Celle qu’on appelait « la femme aux tigres » a parcouru le monde et tourné avec Fritz Lang.

Une petite maison fleurie avec coquetterie. Un tapis rouge, qui couvre douillettement les marches extérieures, bien humides en ce début de mois d’août. La maisonnette est décorée de nombreux bibelots, soigneusement rangés : tigres et panthères en céramique, en poteries peintes. C’est la maison de Mme Marie-Thérèse Rouffin.

Quelques cadres, quelques photos jaunies rappellent le temps où le cirque était toute la vie de « Marffa la Corse ». Mme Rouffin a bien voulu feuilleter avec nous les nombreux cahiers de presse qui rappellent qu’elle était autrefois la seule femme à dresser et dompter seule, sur toutes les pistes du monde, de féroces tigres du Bengale.


Une enfant de la balle (selon Le Courrier Picard)

« Marffa la Corse »… C’est à un acte de bravoure qu’elle doit d’avoir eu, sur la piste, ce curieux nom. Presque au début de sa carrière, au cours d’une tournée dans l’Ile de beauté, à Ajaccio, Marie-Thérèse sauvait des griffes de ses fauves et d’une mort certaine un notable16 qui avait fait le pari orgueilleux d’entrer seul dans la cage aux tigres. Pour récompense, elle était faite citoyenne d’honneur de la ville et allait porter désormais, à la suggestion du maire, ce pseudonyme.

Enfant de la balle, « Marffa » est née en 1907, parmi les fauves de la ménagerie de ses parents, alors en représentation en Corse. Son père, « François le Corse », et sa mère « Angéla » étaient tous les deux dompteurs17. A huit ans18, ils mettent la petite Marie-Thérèse dans la cage aux hyènes.

A 12 ans, elle présente déjà un numéro avec deux lions. C’est à seize ans qu’elle signe son premier engagement véritable pour un gros numéro19 : « Cinq lions que je faisais travailler dans une cage circulaire. C’était avec le cirque Tonio, un petit cirque qui tournait en Corse. Enfin, je volais de mes propres ailes. C’est à ce moment que j’ai connu mon mari20, lui même dompteur. Mes parents sont décédés et nous avons monté notre propre ménagerie : « La Jungle ». Nous avons commencé à la Foire du Trône à Paris… »

Marffa avait alors 17 ans… Avec son époux, elle poursuivait sa dangereuse carrière, en présentant lions, ours, panthères, loups, serpents et tigres. « On travaillait parfois dans le même cirque21, mais nous avions chacun notre propre numéro »…


Une réputation internationale

La première ménagerie et les numéros tournent en France, comme de nombreux autres petits cirques. Survient la guerre. Trompant la vigilance des Allemands, Marie-Thérèse profite de son propre camion pour approvisionner les résistants en nourriture et en vêtements22… « C’était dans le maquis, du côté de Poitiers… ».

Dès 1953, Marffa vend sa ménagerie en grande partie à Bouglione23. Elle conserve deux tigres : « C’était plus rare et plus spectaculaire, plus cher aussi que les lions… ». Le numéro qu’elle prépare alors est appelé à un succès mondial. Sa particularité : c’est une femme, et elle conduit ce numéro sans prononcer un mot, en conduisant les fauves par ses seuls gestes, ses seuls fouet et trident, et son seul regard.

Mme Rouffin aura jusqu’à douze tigres. Dès lors, les contrats affluent. Premier engagement international : le cirque national de Bulgarie. Après cette tournée, elle ira parcourir le monde : toute l’Europe, l’Algérie, le Maroc, les Caraïbes, Israël, le Surinam (Guyane hollandaise), les Antilles (Trinidad, Curaçao…), Panama, Haïti, l’Afrique noire, l’Amérique du Sud…

En 1954, Marffa est élue24 en Espagne « personnalité de l’année » parmi une dizaine d’autres célébrités, par un grand quotidien.

 

Avec le cirque le cinéma

En 1958, alors qu’elle est en tournée en Allemagne avec le cirque berlinois « Franz Althoff », elle double les « scènes de tigres » du film de Fritz Lang « Le tigre du Bengale » (Der Tiger von Eschnapur).

Blessée, Marffa l’a été trente-sept fois. « Les fleurs sont au dompteur, les blessures au dresseur » disait-on dans ce métier. « Moi, mes tigres, je les dressais et je les présentais seule… »

Son principal accident a eu lieu en 1956. « C’était en Catalogne. Fatima, une tigresse du Surinam, m’a bondi dessus, par surprise : quatre jours d’hôpital25. J’ai toujours une plaque d’argent dans le bras… ». Et une marque profonde de crocs que le temps n’a pas estompée, sur son bras droit.

Marffa tourne avec nous les pages de ses cahiers de souvenirs, remplis de coupures de journaux de tous les pays du Monde. Elle reconnaît, au fil des clichés, ses chers animaux : Matima, Sonia, Radjha, Sand, Kimala, Brahama, et les autres.

A 59 ans, Mme Rouffin songe à prendre sa retraite. Elle prend un commerce dans la Somme avec sa fille. Elle ne se satisfait pas d’un métier si stable. Au bout de quatre mois, elle cesse sa nouvelle activité. Elle achète sa petite maison d’Ergnies qu’elle restaure, très près de ses petits-enfants.

 

« Marffa » c’était autrefois

Marffa qui a visité (trop vite) presque tous les continents, qui a déjeuné aux tables des plus grands (dont le Général de Gaulle, à Epinal), s’occupe aujourd’hui, dans la quiétude de ce petit village du Ponthieu, de ses deux chiens (un berger allemand et un pékinois) et de sa petite maison fort joliment fleurie.

Encore titulaire de son permis poids-lourd, elle ne dédaigne pas de prendre, à l’occasion, le volant de sa petite voiture bleue pour aller faire ses courses à Ailly ou ailleurs.

Mme Rouffin n’a pas souhaité être photographiée. Elle a préféré nous confier une affichette sur laquelle elle était encore « Marffa ». « Le temps du cirque est bien fini. Ça n’intéresse pas les gens. Marffa, c’était autrefois… ».

Mme Rouffin a refermé ses cahiers, avec le sourire pudique de celle qui vient de parler, en cachant tant d’émotions, de souvenirs heureux et malheureux, de près de cinquante années de route. Sourire profond, pourtant sur un beau visage de vieille dame.

Un regard fort et noble, comme celui qui suffisait, presque seul, autrefois, à diriger les fauves.

Consulté, le maire d’Ergnies nous a confié que Jean Richard était venu rendre une visite à Marffa26quelque temps avant son décès. Les gens du cirque ne s’oublient jamais. Le village était en émoi.

 

Le 9 octobre 1997, le Courrier Picard, encore sous la plume du talentueux Jacques Dulphy, offre un dernier hommage à « Marffa la Corse ».

« Marffa la dompteuse n’est plus

L’ancienne dompteuse de tigres, en retraite à Ergnies depuis trente ans, est décédée. Elle avait parcouru le monde, fait de la résistance, dîné avec de Gaulle et tourné avec Fritz Lang !

Marffa la Corse est décédée. C’est sous ce nom, son nom de scène et de cirque, en en-tête du faire-part, le décès à 89 ans d’une vieille dame retirée dans le village d’Ergnies, près d’Ailly-le-Haut-Clocher (…)

Ces dernières années encore on voyait, au chef-lieu cantonal, arrivant pour ses courses, au volant de sa petite voiture bleue, l’ancienne amie des fauves (…)

Les obsèques de Mme Rouffin ont eu lieu mercredi à Ergnies. »

 

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Martha la Corse


Nous ne pouvons clore ce chapitre sans évoquer Jean Richard et Martha la Corse. Ainsi, plus jamais ne devrait-on confondre ces deux divines belluaires « corses »…

Jean Richard27et Marffa la Corse se connaissaient forcément. Mais c’est à sa concurrente, Martha la Corse qu’il consacrera quelques lignes de son livre « Mes bêtes à moi » publié en 1966.

Nous avons retrouvé un article publié dans le Courrier de l’Ouestle 15 septembre 1970 sous la plume de Léon Lelong qui titrait : « Ces provinciaux qui font Paris. »

« La ferme deux-sévrienne des grands-parents de Jean Richard, caricaturiste, acteur et dompteur, s’appelait « la ménagerie ».

(…) « J’ai d’abord rêvé d’être dompteur et je n’étais pas grand, je vous l’assure. Est-ce parce qu’on me disait que la ferme de mes grands-parents paternels à Ménigoute s’appelait « la Ménagerie » ? Quand j’ai eu quitté, à 5 ans28, mon Bessines natal, mon lieu de délices est devenu la place de la Brèche, chaque fois que les baraques s’installaient à Niort.

Mon père était ami du dompteur Marcel et de Martha la Corse. Il m’amenait sur la place à deux heures et me reprenait à sept. Une année, ils exposaient une hyène. On lisait sur la cage : « La hyène est à qui entre avec ». Tous les soirs, j’assommais mes parents en leur demandant pour le lendemain l’autorisation d’être celui qui entrerait. J’avais déjà aménagé en cage à fauve le poulailler du jardin et je m’étais procuré une collection de fouets. Une bonne gifle, pourtant, finit par me faire taire.

« Les jours suivants, je me rabattis sur un coq que nous avions. Faute de hyène, j’allais dresser le coq. En avant les fouets et les cris. Au bout de quelques séances, hélas ! le pauvre animal devint complètement fou. Il fallut le tuer ». (…)

En 1938, Jean Richard perdit son père. Avec ses 18 ans et ses deux bacs, il partit gagner sa vie Villefranche-sur-Saône, dans l’industrie des pulvérisateurs. »


L’Inter Forain publie la deuxième quinzaine de février 2005, avec le concours du sympathique journaliste Michel Pierre (avec qui j'ai eu d'intéressants échanges et que je remercie encore), un article à la suite de celui concernant Marffa.

 

Marcel et Martha la Corse


« Martha la Corse, de son vrai nom Albertine Frakaert, est née en 1897 à Saint-Cloud. Mariée à Marcel Chaffreix, un belluaire qui débute - sous le nom de Marcel - en 1901 chez FranK C. Bostock à l’hippodrome du boulevard de Clichy, à Paris, elle demeure une des plus grandes dompteuses de la première moitié du vingtième siècle.

 

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Son histoire est indissociable de celle de son belluaire de mari dont elle partage l’affiche pendant toute sa carrière, ou presque. Marcel donc, qui fit ses débuts chez Bostock, ainsi que nous venons de le rappeler, eut assez rapidement des velléités d’indépendance.

C’est ainsi qu’avant la première guerre mondiale, il acheta des fauves à un certain Jusselin, dompteur amateur bien connu des belluaires de l’époque, et monta une petite ménagerie foraine. Ménagerie qui connut un franc succès mais qu’il lui faut abandonner début août 1914 avec la déclaration de guerre.

Du jour au lendemain, les flonflons de la fête se taisent : bonisseurs, acrobates et belluaires abandonnant leurs « métiers » pour chercher d’autres moyens d’existence.

 

martha 1933


En 1919, la guerre terminée, Marcel repart sur des bases plus importantes avec un groupe de lions dont il faisait ce qu’il voulait. Nom de l’établissement : « Ménagerie Marcel et la collection de fauves la plus variée », où l’on retrouvait notamment Bornéo, l’indomptable léopard de Perse qui tombe sur son ennemi avec la rapidité de la foudre », ainsi que l’écrit Henri Thétard dans son livre « Les dompteurs ».

 

L’entre-deux-guerres

Martha la Corse, qui partage l’affiche avec lui, travaille à la fois en douceur et en férocité comme le rappelle Henri Thétard. Elle est alors reconnue comme l’une des plus talentueuses belluaires de l’époque. D’ailleurs, de 1920 à 1939, Martha et Marcel se produisent sur les plus grandes foires de l’hexagone et tournent dans l’Europe entière avec leurs lionnes Haydée et Simone.

 

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Plus particulièrement en Espagne, où ils vont de succès en succès avant d’être rattrapés par la guerre civile, et être obligés, comme d’autres forains et cirques itinérants, de rentrer en France pour reprendre la tournée des fêtes foraines, foires, kermesses, etc.

Dans les années 20 et 30, ils travaillent aussi avec Franck Henri, le frère de Marcel, qui présente notamment le… « Cercle de la mort », alors que Marcel propose pendant plusieurs saisons une « Grande chasse aux tigres du Bengale ».

 

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Martha, dont… la lutte au corps avec le lion Prince attire le public, a les honneurs de la presse qui relate l’exploit, photo à l’appui. On la retrouve aussi dans les journaux, ouvrant de ses mains la gueule d’un fauve avec pour légende : « La puissante mâchoire d’un des lions de Martha la Corse ».

C’est à cette époque aussi que les défis d’amateurs entretiennent le succès des ménageries foraines29. Témoin, cet extrait du programme de la ménagerie Marcel qu’Henry Thétard cite dans « Les dompteurs » : « M. Vol-au-Vent, le brasseur bien connu du quartier de Picpus dégustant un panier de bières dans la cage aux lions ». (…)

De fêtes en fêtes, d’engagements en engagements, Martha acquiert une renommée qui égale, voire même qui dépasse celle de Marcel. Malgré cela, le public comme les journalistes, la confondent avec Marffa la Corse qui, elle aussi, tourne de fêtes en foires. Parfois sur les mêmes30. Ainsi, le 1er mars 1936, les journaux parisiens relatant l’accident sérieux survenu à Martha au cirque Pourtier, illustrent leurs articles d’une photo de Marffa la Corse !

1939, Marcel décide de décrocher

A la fin des années 30, les affaires ne sont plus ce qu’elles étaient… En 1939, Marcel, qui souffre terriblement d’une aortite qui l’emportera quelques années plus tard, termine sa carrière de directeur de ménagerie et de dompteur à la fête du boulevard Lenoir, avec une petite baraque où il présente un vieux lion et deux lionnes qu’il cède peu de temps après à Georgio et Marffa. (…)

Martha la Corse décèdera le 4 septembre 1944 et son époux Marcel le 28 août 1945.

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1 A Bordeaux, son matériel fut saisi et on lui interdit de poursuivre ce type d’animation.

2 En 1957, les forains fêtèrent le millénaire de la Foire du Trône. Les forains déguisés en moines offraient aux promeneurs des cochons de pain d'épice. Ces petits cochons, avec leur naïf décor de sucre, devinrent très tôt familiers aux Parisiens et contribuèrent à rendre la foire populaire et attractive. L'origine médiévale du cochon de pain d'épice a contribué à asseoir la légitimité de la Foire en lui conférant un prestige particulier et en éveillant la curiosité des Parisiens toujours friands d'anecdotes relatives à l'histoire de leur ville. La Foire du Trône a ainsi acquis ses lettres de noblesse.

3 « Mon père détestait être photographié » nous assure Paulette.

4 Georgette et ses boas.

5 A la fin de 1952 certainement selon les prospectus que Marffa avait fait imprimer en1954 ou 55.

6 Boisemont, commune située dans l’Eure en Haute-Normandie, canton des Andelys. La superficie est de 1330 ha.

7 « Le dompteur européen, 45 ans parmi les fauves » de Michel Combarré, dit Mike Baray né en 1938. Il raconte dans son livre son histoire et sa passion, qui commencent dès sa plus tendre enfance, se poursuivent chez Sarrasani et auprès de Jean Richard avant qu'il ne vole de ses propres ailes avec ses propres lions. Toute une carrière résumée en 256 pages, disponibles auprès de l'auteur au AP/5, Rue des Pénitents, 89100 Sens, France.

8 A l’extérieur de la ville en fait, sur le bord de la RN 14.

9 A l’instar de sa tante Paulette, la Poupée de France, sur les planches de La Jungle à la fin des années 30.

10 Le Cirque d’Hiver situé rue Amelot dans le XIe arrondissement, a été construit en 1852 par l’archi

tecte Jacques Hittorff. Il était appelé anciennement Cirque Napoléon. Le petit écran choisit le Cirque d’Hiver en 1953 pour la réalisation de la fameuse émission de Gilles Margaritis « La Piste aux Etoiles ».

11 La Piste aux Étoiles, émission créée par Hélène et Gilles Margaritis, avec l'orchestre de Bernard Hilda. Diffusée pour la première fois le 17 mars 1954 depuis le Moulin de la Galette à Paris. Enregistrée alternativement aux studios de Cognacq-Jay et au Moulin de la Galette, l’émission devient mensuelle à partir de janvier 1956. Le succès se confirme, et Margaritis installe la Piste aux Étoiles au Cirque d’hiver. L’émission réalisée par Pierre Tchernia est présentée par Roger Lanzac, ancien animateur de Télé-Luxembourg, M. Loyal. Il présentait chaque mercredi soir, car le lendemain il n'y a pas école, à partir de 1963 tout un tas de numéros et d'artistes de cirque. Gilles Margaritis décède en 1965. Par sa femme, Hélène, l’émission dure encore une dizaine d’années, présentée par Pierre Tchernia et Roger Lanzac, et disparaît en 1976.

12 Journal de Lille (Nord) non identifié de même que la date d’édition.

13 Nous n’en sommes plus à un mensonge près, d’autant que la liste n’est pas terminée.

14 A Madrid en 1954.

15 Dès 1973, Jacques Dulphy tient des chroniques consacrées à l'histoire et aux traditions locales, et écrit ses premiers textes en picard. De 1976 à 1978, il publie plusieurs bandes dessinées dans la presse hebdomadaire locale. Jacques Dulphy, scénariste et dessinateur, a publié notamment en recueil une fantaisie historique en bande dessinée (Chl'épèe d'Buchadin, 1992) et est l'auteur de chansons, pièces de théâtre, fables, contes et nouvelles en picard. Correspondant de presse pour le Ponthieu au Courrier Picard depuis 1986, il publie dans ce quotidien régional un billet hebdomadaire en picard : Ch'Dur et pi ch'Mo.

16 Cela doit nous rappeler les spectacles à Ruffec, à Niort…

17 Très amusant ! Est-il besoin de se rappeler que son père s’appelait François Rouffin et sa mère Angèle. On ne pourra pas dire qu’elle les a oubliés, simplement ils ont changé de département.

18 Marffa a souvent dit à ses filles qu’à 8 ans qu’on l’envoyait garder les vaches et les chèvres.

19 Pour ironiser mais sans méchanceté, ce gros numéro était sans doute le petit Georges Vignolles.

20 Compagnon simplement, puisqu’il ne divorcera jamais de sa première épouse.

21 Les ours de Georgette viendront vers1950. A cette époque, Georgio s’était retiré en Normandie pour se reposer.

22 En l’absence de maquisards pour témoigner, nous ne pouvons affirmer le contraire… et beaucoup douter.

23 C’est cette affirmation qui permet d’hésiter car les petits-enfants de Georgette disent que la première « Jungle » avait été vendue à Bouglione sitôt la guerre.

24 Voir plus haut, on lui avait simplement demandé de formuler des vœux pour la nouvelle année 1954.

25 Très différent des souvenirs de Paulette.

26 Paulette ajoute que Marffa était allée aussi à Ermenonville.

27 Jean Richard est né à Bessines près de Niort (79), le 18 avril 1921.

28 En 1926.

29 “La Jungle” saura en user et en abuser comme nous avons pu le lire au travers des articles de nos journaux régionaux.

30 “Une année, à la Saint Barnabé à Ruffec, il y avait deux Jungles, celle de Marffa et une seconde dont je n’ai pas retenu le nom » relate Marcel Jarraud qui avait visité la foire étant enfant. C’est Alain Gibelin, un spécialiste de la question, qui nous éclaire : « L'autre appartenait au dompteur Franck Henry ».

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