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CÉLESTIN GUÉRINEAU OU C. LESTIN


C’est la passion des cartes postales et le plaisir de lire le patois de C. Lestin qui ont poussé Patrick Ricard à collectionner les œuvres de cet artiste. Nous lui avions proposé de les exposer, un jour. C’est alors qu’est arrivée l’occasion de faire une vidéo à partir des cartes postales que les Poilus recevaient - ou expédiaient – au cours de la grande guerre. Dans ces collections particulières se nichaient de belles « C. Lestin ». Elles transformaient les visage glabres des pauvres Poilus qui ne pouvaient que sourire face à tant d’humour. Célestin Guérineau, alias C. Lestin, étant devenu leur ami, et notre ami, nous avons voulu faire plus amplement sa connaissance.

 

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Célestin Guérineau est né le 21 avril 1886 à La Rochonnière, un petit hameau de la commune de Loubillé. Son père, Jacques Maximin Guérineau était né le 3 juin 1851 au même endroit, il était cultivateur. Le 19 janvier 1885, il épousa à Paizay-Naudouin Félicité Damy, née le 21 mai 1863 dans cette commune. Elle résidait alors chez ses parents au village de Saveille, sur l’autre rive de l’Osme, à quelques centaines de mètres de La Rochonnière. Célestin était fils unique.

 

Le regretté Marcel Daniaud, dans son ouvrage sur Couture-d’Argenson publié en 1992, sera l’un des premiers à évoquer C. Lestin. « Célestin Guérineau signait C. Lestin. Ce fils d’un cultivateur de La Rochonnière avait bien du talent. Ce dessinateur-caricaturiste a été le créateur de milliers1de cartes postales, aujourd’hui recherchées par les collectionneurs... Il exprimait dans un langage grivois, parfois paillard, et un tantinet anticlérical, toutes les scènes de la vie de ses compatriotes. »

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1 Deux cents exemplaires plus exactement.

 

 

En 1996, l’association « Le Chaleuil » rendait à Niort un hommage appuyé à C. Lestin à l’occasion du centenaire des premières assises provinciales de la société d’ethnographie nationale et d’art populaire (SENA). Les bénévoles de l’association niortaise avaient réalisé une exposition qui sera installée à Loubillé. Sur la plaquette figurent deux cartes postales, mais l’une d’entre elles n’est pas de C. Lestin. Une confusion qui s’explique : d’autres auteurs poitevins ont publié à la même époque sur les mêmes thèmes.

 

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Jean Dumousseau était membre du groupe de recherches archéologiques et historiques de Villefagnan (GRAHV) et correspondant local de la SEFCO. Il était en 1988 le conservateur du musée rural de Villefagnan qu’il avait contribué à créer. Collectionneur de cartes postales anciennes, il fut très ému par l’œuvre de Célestin Guérineau dont le patois ressemblait tant à celui qu’il contait lui-même sous le pseudo de Nestor Biroulat. Il exposera dans son musée, dès 1988, quelques cartes postales de C. Lestin. La même année, lui qui avait pisté C. Lestin avec l’aide précieuse de Joël Aumand, publie dans l’incontournable magazine Aguiaine - société d’études et de folklore du centre-ouest (SEFCO) - un article consacré à Célestin Guérineau.

 

Soulignons que le Loubilléen Joël Aumand aura un rôle primordial en photographiant et reproduisant de nombreux souvenirs de C. Lestin : photo de classe, statue de Bacchus, etc. Et ce n’est pas un fainéant, car pour le besoin de ses recherches, il a sillonné en tous sens la région sur sa bicyclette. Nous le remercions vivement de son aide précieuse.

 

Jean Dumousseau décrit C. Lestin :


« A la petite école de La Rochonnière, il fut d'emblée un bon élève, studieux… Reçu premier du canton au certificat d'études primaires (CEP), à onze ans, Célestin aurait pu continuer les études, mais en ce temps-là, rares étaient les enfants de condition modeste qui pouvaient y parvenir (…) Sa santé était délicate ; ses parents préféraient le choyer pendant quelques années, tout en lui faisant faire quelques menus travaux… Les parents Guérineau décidèrent de placer Célestin comme « potard » (apprenti préparateur en pharmacie), chez un pharmacien de Ruffec. Ils jugeaient que ce métier n'était pas trop pénible et qu'il aurait sous la main les médicaments pour se soigner. Tout en manipulant les fioles, Célestin, à ses moments de loisirs, prenait son crayon et revenait à son dada qui ne l'avait pas quitté depuis l'école, et croquait sur le vif ses voisins et parents, retenant, mieux que le nom des « drogues », les réflexions entendues dans le monde paysan de l'époque. »


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Nous avons tenté de retrouver la trace de Célestin Guérineau dans les pharmacies de Melle et Chef-Boutonne où, selon les témoignages, il aurait oeuvré. Mais les listes de recensement ne nous ont rien apporté de convaincant.


En 1901, Célestin figure sur la liste de la population de La Rochonnière, il a 14 ans, est dit propriétaire agriculteur. En 1906, il y figure encore en tant que cultivateur. A Chef-Boutonne, en 1901, existaient deux pharmacies, mais nous n’y avons pas trouvé C. Lestin, de même à Melle. A noter que le recensement ne précise rien entre 1901 et 1906.


Célestin Guérineau possède parfaitement l’art du dessin.

Il sera l’auteur de tenue_champ.jpgnombreuses cartes postales - plus de 200 recensées à ce jour grâce avec l’aide de nombreux collectionneurs -, éditées de 1906 à 1913 environ. Les toutes premières ne sont pas signées. Puis il décide d’apposer son paraphe : C. Lestin. Enfin, il accole une date à cette signature : 1909, 1910, 1911, etc.


Son inspiration est sans mesure, son coup de crayon est adroit. Il légende ses cartes en patois. Il publie ses œuvres, parfois sous forme de séries numérotées, selon des thèmes choisis : le village, le mariage, les élections, la liberté de la femme, etc. Il mélange le patois saintongeais et celui du Plateau Mellois. La Rochonnière n’est-elle pas sise à la jonction de ces deux pays ? Il croque sans retenue et « à pleine mine » ses voisins, ses amis, et tous ceux qu’il côtoie. Il esquisse habilement cette population rurale soucieuse de ses revenus et de ses dépenses. Il témoigne de son temps.

 

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Ses cartes postales sont une source conséquente de renseignements pour tous ceux qui s’intéressent à l’histoire locale de ce début de XXe siècle. Les vêtements et les outils sont ceux de l’époque. Bonnet, béret, melon ou casquette pour les hommes, coiffe pour les femmes, et chapeaux « cossus » pour les élégantes. Des sabots, pièces sur les jambières de pantalon, chemises de chanvre, bretelles et bonnet pour les paysans au travail ; des vêtements neufs, souliers, chapeau et « bouthion » pour les propriétaires qui se rendent à la foire… Son dessin et ses textes en patois sont tellement bien assortis qu’ils deviennent indissociables. Il aborde la plupart des grands évènements. Le tout en patois tel qu’on le parlait habituellement, même à la pharmacie ou au café. Campé derrière le comptoir de l’officine qui l’emploie, il devait se délecter des réflexions de la clientèle.

 

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L’artiste restitue son époque avec précision par de petits clichés riants. Lui-même semble s’amuser beaucoup au début de ce XXe siècle. Il invite aux fêtes locales des filles séduites par son charme, puis les « dédaigne » afin qu’elles s’offrent à d’autres prétendants. Car il sait qu’il ne pourra en épouser aucune… La maladie force sa sagesse.

 

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Les cartes postales sont classées par thème, souvent numérotées même s’il y a des ruptures dans les séries ou les reprises. Dans le bon ordre, accolées, elle se présentent comme une bande dessinée (BD).

Il ne se contentera pas de vendre des cartes postales. Il fait profiter son voisinage de ses autres talents. Il dispense des leçons de violon et écrit aussi quelques chansons. Comme « La Cavalcade de Loubillé du 13 avril 1914 ». Ou « Il a un catarrhe » sur l’air de « Auprès de ma blonde » signée du 5 janvier 1915 et vendue vingt centimes au profit des blessés de la « Grande guerre ».

 

Un fils de paysan bien inspiré


drole4.jpgOn pourrait se demander légitimement où ce fils de petit paysan de Loubillé trouvait son inspiration. Mais il y avait déjà longtemps que d’autres artistes, notamment dans les Charentes, avaient misé sur la carte postale en patois. Par exemple Pierre Bonnin, dit Bounicot d'Cougnat (1866-1922), le premier barde saintongeais selon Charlie Grenon. Ou encore l’éminent Barthélémy Gautier1(1846-1893) dont l’œuvre est admirable. Bien d’autres, en Poitou notamment, inondèrent le marché de cet art.

Ces exemples à eux seuls furent pour C. Lestin une source d’inspiration incontestable. Mais il ne faut pas oublier qu’il avait à ses côtés un compagnon capable de le guider dans sa réflexion. « C’étaient de grands amis, atteste sa petite cousine, le docteur Jeanne Barillot, et cet ami c’était mon grand-père, l’instituteur Constant Barillot né à Crézières le 12 juillet 1872 ». Un « hussard noir » de la République, dont la famille originaire de Celles-sur-Belle était protestante. « Il était franc-maçon et profondément anticlérical, révèle-t-elle,il influençait fortement C. Lestin. » La politique devait les passionner. C.Lestin rebondira sur ce sujet avec des cartes postales « spéciales élections ». Constant Barillot sera instituteur à Sepvret (79) puis à Villemain (79) et enfin à La Rochonnière où il est installé par le maire le 1eroctobre 1914.

 

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Lorsque Ferdinand Baudoin (1865-1936) maire de Couture d’Argenson de 1900 à 1936, se lance dans la campagne électorale pour décrocher un siège au conseil général des Deux-Sèvres, il fait face à M. de La Chevrelière, et il lui faut battre la campagne. « Monsieur Barillot, instituteur à Villemain, qui possédait une bonne jument, accompagnait Monsieur Baudoin pour faire sa propagande dans les différentes communes du canton » relate Marcel Daniaud.

 

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Ferdinand Baudoin n’avait pas que des amis en politique. Le journal « Le Mellois » du mercredi 13 et dimanche 17 janvier 1909 nous rapporte ce fait divers :

« Couture-d’Argenson, violation de sépulture. Le garde champêtre Seguin et le fossoyeur Brillouet viennent d’être condamnés solidairement à 3.000 fr. de dommages-intérêts au frais et dépens de la restitution de la chose, envers la femme Bruneau qui s’était portée partie civile devant le tribunal de Melle, contre la violation de la sépulture de sa mère. On se rappelle encore, sans doute, que le célèbre garde-champêtre Seguin, le lendemain de l’enterrement de son beau-père, l’avait fait sortir de terre, de son autorité privée et avait fait creuser une autre fosse à l’endroit où, trois jours auparavant, avait été déposé le corps de la mère de la plaignante. Une petite question pour terminer : comment se fait-il que M. Baudoin, maire de Couture, et de plus juge de paix de Villefagnan, homme par conséquent des plus considérables des environs et devant connaître les lois, n’ait lui-même déféré les coupables, ses deux fonctionnaires ! A la justice ? »


Si, aujourd’hui, les politiciens locaux affrontent en charentaises et à pas feutrés les candidats adverses au cours des nombreuses réunions publiques, autrefois ce n’était pas le cas. L’exemple des élections législatives de l’année 1910 nous le prouve.

 

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La politique peut faire rire


En janvier 1910 à Chef-Boutonne est créé le journal « L’Avenir Républicain », qui se dit organe démocratique des Deux-Sèvres et paraît le dimanche. Maurice Fourré en est le rédacteur en chef ; la gestion, l’administration et la rédaction sont confiées à l’imprimerie Moncontié. Visiblement, à l’approche des législatives qui se tiendront le 24 avril, c’est un journal politique. Ce canard devait être parcouru dans ses moindres coquilles par Constant Barillot.


drole3.jpgDans le n° 10 du 13 mars 1910, Célestin Fillon, propriétaire à Loubillé fait sa publicité : « Premier choix d’asperges d’un an et de deux ans (Argenteuil hâtive) »


« L’Avenir Républicain » demande des vendeurs et des dépositaires. Dans le n°11 du 20 mars, M. Fillon, propriétaire à Loubillé, est cité pour acte de probité : « … ayant trouvé un porte-monnaie contenant une certaine somme d’argent le jour de la foire, s’est empressé de le remettre à son propriétaire. Nous présentons à M. Fillon nos bien sincères félicitations ».

 

Le n°12 fait part à ses lecteurs d’un petit problème : « Nous apprenons que L’Avenir Républicain » ne parvient pas régulièrement. Nous prions nos lecteurs et dépositaires de nous informer immédiatement des retards et manquements qui viendraient à se produire, afin qu’une réclamation motivée soit faite aussitôt à qui de droit ».

 

Le n°13 du 10 avril 1910 relate une conférence du candidat Gaston Deschamps qui eut lieu dans la mairie de Loubillé « exactement à l’heure dite devant trois cents personnes ». Une grande mairie… Nous n’avons pas retrouvé d’autres exemplaires de ce journal.


Auprès de son cousin, Célestin découvrait ce siècle terreau de nouvelles idées. tenue_ville.jpgComme la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, le féminisme balbutiant, le changement de comportement chez les valets et les bonnes de moins en moins dociles et naïfs. Il croque la population qui prend la mesure du progrès avec le développement de l’aéroplane, de l’automobile. C. Lestin fait le tour des us et coutumes locales. Il s’intéresse au service militaire, aux relations entre le patron et son employé, entre l’homme et la femme, de l’adolescence au « champ bergère » aux nombreux exemples d’adultère, jusqu’à l’évocation de brillants souvenirs par des couples hors d’âge. Il nous dit tout sur le mariage. D’abord la déclaration, les accordailles, le mariage, la nuit de noces et le premier enfant, suivi de toute la nichée. Jacquet Lhoumia sera son fidèle complice dans cette aventure. C. Lestin évoque les rapports entre les paysans et les bourgeois, à la chasse notamment. Il décrit, en quelques traits décidés, la foire ou la fête au village, la danse des amoureux, les stands forains, les attrape-nigauds. Il file au chef-lieu de canton visiter le médecin, le pharmacien. Pour le dentiste, le maréchal-ferrant de Loubillé fera l’affaire…

 

Célestin n’aborde jamais le sujet de l’école. « Parce que les instituteurs de la République sont au-dessus de toute critique, de toute caricature » lui a sans doute intimé avec force Constant Barillot. L’école privée sera curieusement préservée par ces deux bons républicains.

 

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Il s’essaie à la sculpture, réalise un Bacchus (ci-dessus) qui restera longtemps accoté à la façade de la maison familiale. Une statue naïve récemment disparue.


« Il avait fait le dessin d’un dessus de cheminée qui sera réalisé en dentelle » relate Madame Magniant du village des Allards (Paizay-Naudouin, 16) qui se souvient parfaitement de cette pièce ornementale. Sa mère et son oncle vouaient une forte admiration à leur artiste : « Il nous offrait des bonbons lorsque nous allions à la pharmacie ». Ce qui laisse à penser que le commis en pharmacie aurait travaillé un temps à Chef-Boutonne. Mais pour sa famille, il fut seulement employé à Melle. Nous n’avons retrouvé aucune trace de ces différents emplois aux archives départementales des Deux-Sèvres.

 

Jean Dumousseau a écrit :

« Malgré les soins, la santé de Célestin se dégradait et il dut abandonner la pharmacie (on disait en ce temps, « malade de la poitrine »). Retiré dans son petit village et bien dorloté par sa mère, l'artiste (le mot n'est pas trop fort) se mit au travail avec acharnement ; se procurant le matériel nécessaire, il édita lui-même ses compositions sous la forme des cartes postales que l'on connaît et qui sont toujours recherchées. »


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Les collectionneurs à la rescousse


Nous avons déniché de nombreux exemplaires de ses cartes postales chez de sympathiques collectionneurs. Peu d’entre-elles portent la mention d’un imprimeur ou d’un éditeur, ce qui confirme les dires de Jean Dumousseau qui déplorait :

« Malheureusement, tout son matériel d'imprimerie et ses clichés ont disparu, jetés à la poubelle par ses héritiers ».

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1 Premiers croquis publiés en 1874 dans La Gigale, petit journal imprimé à Pons, son pays natal et auquel collaborèrent Pierre Jônain et Marc Marchadier. Quelques années plus tard, Gautier passait à la Gazette des Bains de Mer de Royan dirigée par l'éminent journaliste Victor Billaud.

 

Jeanne Barillot, petite fille de Constant Barillot, se souvient d’avoir vu à La Rochonnière, dans les années trente, chez Mémé Fély (Félicité Damy maman de Célestin), des matériels d’imprimerie, une presse, etc. C. Lestin gravait lui-même les plaques. Jean Dumousseau ajoute :

« Lorsque la guerre de 14 arriva, Célestin avait 28 ans. Reconnu inapte, il fut réformé à son grand regret, et continua pendant quelque temps à dessiner. Au fil des jours, son état de santé devint de plus en plus critique et, malgré des soins attentifs, il s'éteignait le 31 décembre 1917. Il repose maintenant dans le cimetière de Paizay-Naudouin (Charente), commune limitrophe de son lieu de naissance. »


L’artiste décède donc à La Rochonnière le 31 décembre 1917. Paulette Magniant indique, selon les témoignages de sa famille, qu’« il fut transporté au cimetière de Loubillé sur un traîneau » parce que le sol gelé était recouvert de neige.

Le père, Jacques Guérineau, était absent lors de ce décès. Soigné à l’hospice Habrioux à Aigre depuis le 8 septembre 1916, il y décédait le 17 janvier 1918. Depuis quelques temps, le couple Guérineau ne vivait plus de fols amours, Jacques devait filer à l’étable pour dormir, Félicité déclarait être divorcée à qui voulait bien l’entendre.

 

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Henri Guérineau et son épouse avant 1900.

 

Le malheur devait hanter désespérément les Guérineau. Ainsi, le 25 janvier 1918, l’oncle Henri, frère de Jacques, décède à son tour à La Rochonnière.

« La région de Loubillé a connu de nombreux cas de tuberculose, nous dit le docteur Jeanne Barillot, mon père avait préféré abandonner la plaine de l’Osme pour aller travailler à Paris. »


La ferme et la petite maison de Jacques Guérineau lui venaient de son père. Son épouse Félicité ne pourra en hériter, mais ses cousins lui laisseront l’usufruit de la maison et de quelques terres autour. La veuve gonflait ses revenus en allant « en journée » dans les villages alentours à l’occasion de gros travaux. Elle cuisinait lors des battages et des vendanges, elle donnait la main aux bughées (lessive à la cendre), etc. « Elle avait des yeux de couleur différente ; elle venait travailler chez nous à La Mort-Limousin,raconte René Chauvet, elle soupait avec nous, et lorsque le repas allait à sa fin, nous filions nous cacher dans les bois bordant le chemin de la Rochonnière pour tenter de lui faire peur. Nous étions récompensés par une volée de bâton. Fély ne craignait personne… »


Elle avait un caractère affirmé, « pas facile », natre1dit-on en Poitou-Charentes. Ses cousins étaient des gens merveilleux, tous les témoignages convergent. Marie Elvina Guérineau, fille de Jacques et de Marie Florine Bonnet, avait épousé l’instituteur Constant Barillot. Lequel, à la fin de sa carrière, avant 1936, sera directeur de la petite école de La Rochonnière2.


Migration post mortem


Mémé Fély finit par se fâcher avec ses cousins. Sans véritable raison. Elle quitta sur le champ La Rochonnière pour se réfugier à Souvigné chez sa sœur3 après un probable passage à Paizay-Naudouin. En 1937, autorisée par le maire le 2 mars, sous le contrôle du garde-champêtre elle fait exhumer C. Lestin du cimetière de Loubillé où il reposait depuis vingt ans en toute quiétude. Et fait transférer la dépouille dans le cimetière de Paizay-Naudouin, où sa stèle a été restaurée en 2007.

 

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La petite maison des Guérineau sera rachetée par Constant Berland, alors métayer au château de la Foye.


Mémé Fély décèdera à Souvigné le 15 décembre 1947.

 

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1 Esprit retors.

2 Ecole fermée en 1967.

3 Léonie Damy, née le 20 février 1867 à Paizay-Naudouin, décédée le 4 juillet 1958 à Souvigné. Elle avait épousé le 15 avril 1885 Florentin Biget, cantonnier.

 


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